Le président de la République Félix Tshisekedi, a annoncé le vendredi 17 juillet dernier, dans un communiqué officiel de la présidence, l’organisation d’un dialogue national inclusif. Un processus tant réclamé par quelques opposants réunis autour de la coalition C64 et une partie des confessions religieuses, selon eux, pour la sortie des crises. Mais ce sujet a déraillé le projet du régime en place, de mettre en vigueur la loi référendaire, déjà adoptée par les deux chambres du parlement. Une démarche constitutionnellement légale qui va donner le feu vert au chef de l’État dont son second mandat touche en sa fin en 2028, de briguer un troisième mandat.
L’annonce de l’organisation du dialogue national inclusif, est un fruit de lutte pour la coalition article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64). Les opposants ont barré la route au projet de la loi référendaire qui était arrivée au dernier virage pour sa promulgation par le président de la République.
une annonce qui apaise temporairement les esprits de la C64
La plateforme spéciale C64, lancée pour contrer le projet manifeste du camp présidentiel de modifier la loi fondamentale du pays, s’est faite sentir par deux manifestations déjà organisées dans sa lignée : la journée ville morte le 03 juin et la marche le 12 du même mois, tournée au théâtre des affrontements entre manifestants et policiers soutenus par la force du progrès, une branche de l’UDPS, auteure de plusieurs abus.
Après l’annonce officielle du dialogue national inclusif par le président de la République. Pour le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, celui-ci constitue un changement de cap qui impose un effort à tous les acteurs politiques.
« C’est à nous tous, ceux qui sont au pouvoir, tout comme ceux qui sont dans l’opposition, de s’inscrire dans cette dynamique pour que cette initiative puisse aller de l’avant, porter de fruits, pour que tous les fils et filles du Congo puissent vivre enfin en paix, dès lors que les motifs d’agression à notre pays seront aussi enlevés », a-t-il réagi.
Premier résultat, la deuxième marche de la C64, initialement prévue le 08 juillet 2026 à travers tout le pays, a été reportée le 22 juillet, pour être renvoyée à nouveau. Malgré que la coalition a donné un ultimatum au pouvoir jusqu’au 15 août 2026 pour convoquer un dialogue national inclusif, la tempête politique trouve cependant son calme.
Une initiative prise sous pression
Si la C64, et l’Église du Christ au Congo (ECC) et la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), les deux structures religieuses qui forment la société civile, ont vu atteindre leur objectif d’écarter d’une part le changement de la constitution et d’autre part sortir le pays des crises. Du côté du régime en exercice, bien que les conditions sur les participants et l’organisation ont été posées depuis la nuit de temps, l’effectivité du dialogue ne se pressentait et n’était pas dans l’agenda du cercle de Tshisekedi. Mais allié et autorités régionales ont persuadé Kinshasa d’aller vers cette voie d’attente au regard de la persistance du climat politico-sécuritaire dévastateur que traverse la RDC.
Sur le plan diplomatique régional, l’annonce s’inscrit dans une séquence de plusieurs semaines, soulignait RFI. Le président burundais Évariste Ndayishimiye, en exercice à la tête de l’Union africaine, a mené des consultations à Bujumbura, début juillet, avec l’opposition et les confessions religieuses. Le président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso, a reçu le cardinal Ambongo le 9 juillet.
L’Angola, de son côté, n’est pas hors-jeu. C’est Luanda qui était à la manette, en amont, pour une médiation confiée par Tshisekedi et avait remis, en amont, une feuille de route et un cadre de référence pour un dialogue intercongolais, rappelle Radio France Internationale.
Les discussions qui ne donnent les indices de la participation de l’AFC-M23
Le principe est acquis. Le président Félix Tshisekedi a annoncé son intention d’organiser ce dialogue. Il le fera lui-même, en vertu de l’article 69 de la Constitution qui fait de lui le garant de la nation, prérogative que le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a rappelé à plusieurs reprises lors du point presse du 17 juillet dernier. Une ordonnance présidentielle doit encore fixer les termes de référence, la méthodologie et les modalités d’organisation.
Sur le mot « inclusif », Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement tient à apporter une précision. « Jusqu’à présent, il y a des Congolais qui sont complices de l’agression. Certains d’ailleurs ont été de nouveau sanctionnés par les Nations Unies. Il faudrait que les Congolais qui viendront dans ces discussions n’aient pas d’ambiguïté. Il faudrait qu’ils démontrent, de par leur déclaration pour certains, qu’ils coupent le lien avec celui qui est le bourreau, le Rwanda, qui est coupable de tous ces crimes qui sont commis dans l’Est de la République depuis 30 ans. Parce que l’objectif, c’est de construire un front intérieur », précise-t-il.
La plateforme politico-militaire l’AFC-M23 soutenue par le Rwanda, qui contrôle une vaste étendue dans la région des Kivus. Donc, le Mouvement est un acteur majeur dans la crise sécuritaire qui déchire la RDC dans sa partie Est. En négociation avec le gouvernement congolais sous la facilitation de Doha, les engagements entre les parties prenantes peinent de prendre effet sur le terrain. Et pour le dialogue national inclusif qui se tiendra sur le sol congolais, la Milice qui veut prendre de force le pouvoir de Kinshasa, en cas de compromission de dialogue, ne semble pas être la bienvenue autour de la table pour discuter de la sortie des crises actuelles.
David Ekutshu

