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Goma, échiquier du Pouvoir : Kabila, entre révolte et retraite stratégique

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Le 18 avril 2025 restera gravé dans les annales congolaises comme le jour où Joseph Kabila, l’ancien président, a atterri à Goma, non pas en conquérant, mais en figure énigmatique, déclenchant une onde de choc qui a secoué les fondations déjà fragiles de la République Démocratique du Congo. Loin de Kinshasa, le cœur battant du pouvoir, Kabila a choisi la capitale provinciale du Nord-Kivu, épicentre d’une crise humanitaire et sécuritaire déclenchée par les rebelles du M23-AFC comme théâtre de son retour. Un geste lourd de symboles et d’interrogations.

Pourquoi Goma ? Cette question résonne avec une acuité particulière dans une région où les cicatrices des conflits passés se mêlent aux plaies ouvertes du présent. Le Nord-Kivu, en proie aux assauts du M23 soutenu par le Rwanda, est un brasier où les enjeux politiques et sécuritaires s’entremêlent. Kabila, perçu par certains comme un pyromane et par d’autres comme un potentiel messie, a choisi de se positionner au cœur de cette tourmente.

Un Atterrissage Controversé, Un Message Codé

L’absence de Kabila à Kinshasa, où un atterrissage à l’aéroport de N’Djili aurait pu déclencher un scénario de chaos, est une stratégie délibérée. Son choix de Goma, ville chargée de sa mémoire militaire, est un rappel de son ancrage et une manière de signifier qu’il reste « maître chez lui ». Son entourage insiste sur le fait qu’il ne fuit pas, mais qu’il se retire tactiquement, observant sans s’exiler.

Les accusations qui le lient à l’insurrection du M23 sont rejetées avec véhémence. Kabila exige des preuves tangibles, imposant une éthique de rigueur face à ce qu’il perçoit comme une tentative de réécriture de l’histoire. « Ce traitement ne relève pas seulement du conflit politique, il participe d’une tentative de réécriture de l’histoire récente du pays, comme si les deux décennies de pouvoir kabiliste pouvaient être effacées à coup de slogans, » explique un proche.

Binamungu, Un Appel à la « Révolution »

L’accueil réservé à Kabila par Théo Binamungu, figure locale respectée et chef de file de l’opposition non armée au Nord-Kivu, a ajouté une dimension explosive à cette visite. Dans un discours passionné, Binamungu a souhaité un agréable séjour à Kabila, tout en soulignant que sa présence à Goma constituait une motivation à la « révolution » pour « avancer plus rapidement qu’en 1996 vers la libération de toute la nation. »

Binamungu, témoin des moments clés de l’histoire tumultueuse de la région, a rappelé son rôle lors de l’arrivée de l’AFDL en 1996 et de l’AFC/M23 à Goma. Son discours a été interprété comme un appel à l’action, un rappel des cycles de violence et d’interventions extérieures qui ont marqué le Nord-Kivu.

L’Équilibre des Fantômes : Un Test pour la République

Le retour de Kabila à Goma est un test pour la maturité démocratique du pays. Son traitement, perçu par certains comme une tentative d’humiliation, pourrait fragiliser la République. « En humiliant un ancien Président quel qu’il soit on n’atteint pas seulement un individu : on affaiblit la République, » avertit un observateur.

L’épisode Jean Pierre Bemba, survenu quelques heures auparavant, a démontré que la force politique peut encore se matérialiser hors du contrôle présidentiel. Dans une capitale aussi sensible que Kinshasa, toute erreur d’appréciation pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Au-delà des spéculations, l’arrivée de Kabila à Goma souligne l’urgence d’une solution politique durable à la crise. La voie militaire a montré ses limites, et la souffrance des populations civiles est intolérable. Un dialogue inclusif, impliquant tous les acteurs concernés, est impératif. La communauté internationale doit renforcer son engagement et exercer une pression accrue sur les pays voisins pour qu’ils cessent toute forme de soutien aux groupes armés.

L’impact de la présence de Kabila à Goma reste incertain. Il pourrait jouer un rôle constructif, en facilitant un dialogue et en contribuant à une désescalade. Mais il pourrait aussi, involontairement ou non, exacerber les tensions et compliquer davantage la situation. Les prochains jours seront déterminants pour évaluer son influence réelle et ses intentions.

Dans un Nord-Kivu en proie à l’incertitude, la figure de Joseph Kabila continue de diviser, rappelant que l’histoire, loin d’être un simple récit du passé, façonne les contours du présent. La question demeure : Kabila est-il un point de convergence ou de discorde ? Seul l’avenir apportera une réponse définitive.

 

Gracieux Bazege