La majorité au pouvoir avance vers l’adoption d’une loi sur le référendum, à seulement deux ans de la fin du second mandat de Félix Tshisekedi. Déposée par le député national Paul-Gaspard Ngondakoy et déclarée recevable à l’Assemblée nationale, cette proposition est toujours contestée par l’opposition, qui soupçonne une manœuvre visant à ouvrir la voie à un troisième mandat pour le président de la République.
Dans une déclaration signée vendredi 29 Mai et rendue publique ce samedi du même mois, le prix Nobel de la paix, Denis Mukwege s’est d’abord posé deux questions. Premièrement : Que pèse un troisième mandat présidentiel sur la survie du Congo ? À propos du débat pour l’adoption de la loi sur le référendum au Parlement en RDC.
Deuxièmement : Quelle légitimité peut encore revendiquer un parlement qui s’obstine à débattre, comme d’une urgence nationale, sur le changement de la Constitution qui permettrait au Président de la République de briguer un troisième mandat auquel la constitution actuelle ne lui donne pas le droit, alors que notre pays est ravagé par une épidémie meurtrière d’EBOLA, que de larges pans de notre territoire national sont sous occupation étrangère dans l’Est; que les banques, les frontières et les aéroports sont fermés dans ces territoires occupés, 12 millions de notre population font face à la mort du fait de nos agresseurs et par la famine extrême ?
Selon lui, la seule raison de cet acharnement qui s’apparente à un cynisme froid, c’est que sous le régime actuel, les parlementaires reçoivent un salaire mirobolant, un achat des consciences, qui scandalise tout observateur sensé. « Prolonger leur bien-être au détriment de la population devient un point fixe. Malheur à qui ne soutiendrait pas ce projet funeste pour le pays, bientôt il retrouvera la masse miséreuse. Dès lors, que la population crève, que le Congo se désagrège, rien et absolument rien n’émeut nos parlementaires. »
Denis Mukwege souligne également que le scandale est d’autant plus désolant lorsqu’il voit les élus du Nord, du Sud-Kivu, et de l’Ituri, dont l’actuel Président de l’Assemblée nationale lui-même, élu de Walungu, s’ériger en premiers remparts de ce qu’il qualifie d' »aventure suicidaire. » D’après lui, leurs électeurs n’ont plus accès à leurs champs, plus de liberté de faire leurs commerces pour subsister, et affrontent seuls, sans État, le virus.
UDPS, partisane de la balkanisation de la RDC
Le prix Nobel de la paix considère l’UDPS, jadis flambeau de la résistance, comme maître d’œuvre d’une forfaiture qui, selon lui, risque de condamner le pays à sa disparition. « Il est désormais permis de se demander si ce régime n’est pas en connivence avec les rebelles pour la balkanisation du Congo. »
« C’est la survie de la République Démocratique du Congo qui est en jeu. Messieurs les députés de l’Est, après le référendum, sans vos électeurs, au nom de quelle population allez-vous continuer de siéger au Parlement ? Auriez-vous une légitimité de représenter une population vivant dans un territoire balkanisé ? Votre anesthésie est très profonde, mais le
réveil sera très douloureux dans un pays qui deviendra étranger pour nous tous. », a-t-il déclaré.
Mukwege a, ensuite, appelé le président Félix Tshisekedi à se méfier des flatteurs et à revenir à la raison, « avant que l’Histoire ne juge cette trahison impardonnable.»
Felly Luyindadio

