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L’usage des réseaux sociaux à Kinshasa, quand les écrans prennent la place du dialogue familial

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Les réseaux sociaux occupent une place grandissante dans le quotidien des familles. S’ils constituent aujourd’hui un moyen incontournable de communication, d’information et de divertissement, leur usage excessif soulève une autre question, plus discrète mais préoccupante : quelle place reste-t-il à l’éducation des enfants, au dialogue familial et à la présence des parents ?

 

Dans de nombreux foyers kinois, le téléphone portable est devenu un compagnon presque permanent. Au salon, à table, dans les transports ou parfois même au moment du coucher, les yeux restent rivés sur les écrans. Parents comme enfants consultent WhatsApp, TikTok, Facebook, Instagram, YouTube ou d’autres plateformes, parfois au détriment des échanges directs.

 

Le problème ne réside pas dans l’existence des réseaux sociaux, mais davantage dans la manière et le temps qui leur sont consacrés. Lorsqu’un parent passe une grande partie de son temps connecté, l’enfant peut se retrouver face à un interlocuteur physiquement présent, mais peu disponible pour écouter ses préoccupations, répondre à ses questions ou simplement partager un moment avec lui.

Quand le téléphone devient le troisième interlocuteur.

L’éducation d’un enfant ne repose pas uniquement sur les consignes, les résultats scolaires ou les sanctions. Elle se construit aussi dans les conversations ordinaires : une discussion après l’école, un repas partagé, une question posée spontanément, un conseil donné au bon moment ou encore une écoute attentive face à une difficulté.

Or, ces moments peuvent progressivement se réduire lorsque les écrans occupent une place excessive dans la vie familiale.

Dans certaines familles, il n’est pas rare de voir chacun dans son coin, téléphone en main. Le parent consulte ses messages pendant que l’enfant regarde une vidéo ou échange avec ses amis en ligne. Tous sont réunis dans le même espace, mais chacun semble évoluer dans son propre univers numérique.

Cette situation pose une question essentielle : peut-on réellement transmettre des valeurs, écouter un enfant et comprendre ses préoccupations lorsque le dialogue familial est régulièrement interrompu par les notifications et les écrans ?

Des parents parfois absorbés par les mêmes réseaux que leurs enfants

Le débat sur l’usage excessif des réseaux sociaux ne devrait toutefois pas concerner uniquement les jeunes. Les adultes sont eux aussi concernés.

 

Un parent qui demande à son enfant de déposer son téléphone tout en continuant lui-même à consulter son écran en permanence peut avoir du mal à faire respecter cette règle. L’exemple parental joue en effet un rôle important dans l’apprentissage des comportements.

À Kinshasa, où les téléphones intelligents et l’accès aux plateformes numériques occupent une place croissante dans la vie quotidienne, les parents sont donc confrontés à un nouveau défi : accompagner leurs enfants dans un environnement numérique qu’ils utilisent eux-mêmes intensément.

Il ne s’agit pas nécessairement d’interdire les réseaux sociaux. Il s’agit plutôt de retrouver un équilibre entre la vie numérique et la vie familiale.

L’éducation ne peut pas être sous-traitée à l’écran

 

Autre conséquence possible d’un usage excessif : la tentation de laisser le téléphone, la télévision ou Internet occuper l’enfant pendant que les adultes vaquent à leurs occupations.

Une vidéo peut distraire. Un jeu peut occuper. Un réseau social peut divertir. Mais aucun écran ne remplace totalement la relation éducative entre un parent et son enfant.

 

L’enfant a besoin de repères, mais aussi de questions, de réponses, de discussions et parfois de contradictions. Il a besoin d’apprendre à distinguer le vrai du faux, le bien du mal, le comportement acceptable de celui qui ne l’est pas. Or, une partie de ces apprentissages passe par la conversation quotidienne avec les adultes qui l’entourent.

Lorsque le dialogue familial s’affaiblit, d’autres sources peuvent prendre davantage de place dans la construction des opinions et des comportements de l’enfant : amis, influenceurs, créateurs de contenus ou communautés virtuelles.

Retrouver le goût de parler en famille

Face à cette réalité, le défi pour les familles kinoises n’est pas de mener une guerre contre les réseaux sociaux. Il est de réintroduire des limites et surtout de préserver des espaces où le téléphone n’a pas sa place.
Un repas sans téléphone. Une heure consacrée aux devoirs sans notifications.

Une conversation avant le coucher. Une sortie familiale sans écran. Quelques minutes chaque jour pour demander à l’enfant comment s’est passée sa journée et, surtout, prendre le temps d’écouter sa réponse.
Ces gestes peuvent paraître simples. Pourtant, ils contribuent à restaurer ce que les écrans ne peuvent pas offrir : la présence humaine, l’écoute et la confiance.

Les réseaux sociaux peuvent rapprocher des personnes éloignées. Mais paradoxalement, leur usage excessif peut aussi éloigner ceux qui vivent sous le même toit.

À Kinshasa comme ailleurs, la véritable question n’est donc peut-être plus de savoir s’il faut utiliser les réseaux sociaux, mais quelle place la famille accepte de leur accorder.

Car derrière chaque écran se trouve un enfant qui grandit, observe et apprend. Et avant d’être un utilisateur des réseaux sociaux, cet enfant reste d’abord un fils ou une fille qui a besoin d’un parent disponible pour lui parler, l’écouter et l’accompagner.

 

 

 

Didier ILUNGA